La Maison britannique Mulberry a décidé de stopper l’utilisation de cuirs exotiques ; alligator, crocodile, autruche, lézard et serpent dès sa collection Printemps-Été 2020. Cette décision, saluée par l’association Peta (People for the Ethical Treatment of Animals), poursuit l’engagement pris par la Maison de mettre un terme à l’utilisation de fourrure animale dans ses collections. Depuis quelques temps, les efforts de Mulberry pour la préservation animale avait déjà été remarqués notamment en décembre 2019 avec le lancement de son sac Portobello, premier sac en cuir éco-responsable.

« Nous avons passé beaucoup de temps à déterminer puis à revoir continuellement nos mesures et nos objectifs de durabilité. À un stade précoce de ce processus, nous avons décidé de ne pas utiliser de peaux exotiques dans nos collections »


ROSIE WOLLACOTT – DIRECTRICE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE, GROUPE MULBERRY

Une décision partagée par de nombreuses Maisons.

Depuis de nombreuses années, des célébrités et marques s’engagent dans la protection animale et renoncent progressivement à l’utilisation de cuir animal ou de fourrure dans leurs collections.

Dès ses premières collections en 2001, Stella McCartney a décidé de ne jamais utiliser de matière de provenance animale : ni cuir, ni fourrure, ni plumes et a lancé en 2010 son sac Falabella entièrement fait de cuir végétal. En 2015, Jane Birkin demanda à Hermès de débaptiser le sac en crocodile portant son nom pour montrer son mécontentement concernant le traitement apporté aux animaux pour récupérer leur peau. 

Fin 2018, le monde de la mode fut secoué par la décision de Chanel de supprimer les  peaux exotiques de ses collections (crocodile, lézard, serpent, galuchat) dès mai 2019.

« Chez Chanel, nous évaluons en permanence nos filières d’approvisionnement afin de nous assurer qu’elles répondent à nos exigences en matière d’éthique et de traçabilité. Or il nous est de plus en plus difficile de nous procurer des peaux exotiques correspondant à nos exigences en matière d’éthique (…). Nous faisons le choix d’arrêter ce type de peaux. Nous, nous allons privilégier la création, beaucoup le savoir-faire, les finitions, pour obtenir des objets d’exception à partir de matières nobles dont nous maîtrisons complètement le sourcing ».


BRUNO PAVLOVSKY – PRÉSIDENT DES ACTIVITÉS MODE, CHANEL

Depuis, Diane Von Furstenberg et Victoria Beckham ont également choisi de ne plus utiliser de cuir animal dans leurs collections et de privilégier un cuir synthétique ou végétal. Le magazin britannique Selfridges a quant à lui interdit la vente de produits confectionnés à partir de reptiles.

Le cuir vegan peut-il vraiment remplacer le cuir animal ?

Le courant vegan, apparu en premier en Grande-Bretagne, est en vogue depuis quelques années et suivi par de nombreuses marques de prêt à porter conscientes de l’extrême pollution qu’inflige la mode sur notre planète et guidées par la volonté de proposer des collections ou des lignes véganes.

En effet, de plus en plus de consommateurs décident de se tourner vers une consommation plus responsable et durable, même dans leur façon de s’habiller. Ainsi, fini le cuir animal et bonjour aux matières végétales comme le cuir de raisin, le cuir d’ananas ou le muslin fabriqué à partir de champignons et aux matières synthétiques comme le Skai, ou le Clarino. Ces alternatives vegan au cuir dont l’utilisation explosent ces dernières années pour la confection de sacs, de chaussures ou de ceintures, bien qu’elles ne soient pas d’origine animale et non testées sur les animaux, ont parfaitement l’apparence du cuir classique. La marque de maroquinerie Lancel a déjà lancé un sac nommé June fait à partir d’ananas. La fibre de ses feuilles sont assemblées à la manière d’un feutre puis teint et vernis pour ressembler à de la peau.

L’Association américaine Peta et une figure majeure dans l’engagement contre l’utilisation de cuir et de fourrure notamment dans la mode.  En 2013, Peta a lancé au Royaume-uni la cérémonie UK Vegan Fashion Awards destinée à récompenser les meilleures innovations éthiques.

Certaines Maisons décident de promouvoir une utilisation éthique du cuir.

Il existe aussi une autre vision et interprétation de l’utilisation du cuir animal. Selon l’Union Internationale pour la conservation de la nature « il est prouvé scientifiquement que l’interdiction de la vente d’espèces sauvages favorise le commerce illicite et porte atteinte aux incitations locales visant à protéger ces animaux ». Si ces espèces ne sont pas utilisées pour le commerce, elles risqueraient donc de disparaître.

Les Maisons Hermès et Kering ont ainsi décidé de poursuivre leur utilisation du cuir animal en insistant sur le bien-être animal promu par les fermes d’élevage de l’International Crocodilian Farmers Association avec lesquelles elles travaillent. Le groupe LVMH, quant à lui, à préférer s’engager en développant ses propres élevages de crocodiles plutôt que de renoncer à son utilisation. 

« Le marche du cuir exotique existera toujours. Alors si les entreprises ne poussent pas les pratiques vers le haut, braconnage et maltraité ce se remettront en place sans surveillance. Sans compter les populations locales, qui, si elles n’ont pas d’intérêt financier à les sauvegarder, tueront les crocodiles pour s’en préserver. »


SYLVIE BÉNARD – DIRECTRICE DE L’ENVIRONNEMENT, LVMH

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